Histoire de la SPQ par le Club Ossa France. 1ère Partie

La parution de ce document n’a été possible que par le travail de recherche des membres du club. Dans la mesure où de nombreux témoignages sont encore à recueillir, ce document évoluera au fil du temps pour toujours plus de détails et d’anecdotes.

                                            ______________________

Préambule :

Comment débuter l’histoire de la SPQ sans parler de la motivation du principal instigateur, Marcel Seurat l’importateur de la marque Ossa.

Extrait de l’article de Christian Lacombe dans la revue Champion du 15 Juin 1970, qui traite l’essai de la Ossa 250 Sport de Christian Léon : « En prenant connaissance de la nouvelle réglementation des 250 Formule Sport, l’importateur Marcel Seurat m’avait dit : Cette année, le championnat des 250 Sport, c’est pour mes machines ! » J’étais alors sceptique, mais depuis j’ai dû changer d’avis en voyant courir ces rustiques monocylindres qui battent régulièrement, à toutes les courses, les japonaises.

/

Marcel était un stratège, il était à la fois team manager, commerçant avisé et savait pouvoir compter sur l’avis éclairé et fiable de son épouse Jeannine Seurat qui maitrisait parfaitement la gestion des comptes de l’entreprise. En 1970, il savait pouvoir compter sur un bon moteur, simple, fiable et puissant, qui l’année suivante aurait une cinquième vitesse.

Rappelons que ce moteur a été conçu par l’ingénieur italien Sandro Columbo, issu du département compétition de la célèbre marque Gilera. Sandro Colombo n’a pas conçu un moteur mais une moto complète, qui fut présentée pour la première fois à la foire de Barcelone de 1963. Le plus important dans cette première version de 160cc c’est que cette moto avait été conçue en pensant non seulement à de futures augmentations de cylindrées : 175, 230 et 250 cc, en ce qui concerne la route, mais aussi à son adaptation à des modèles sportifs.

Nous sommes toujours en 1970, Marcel Seurat qui s’investi aussi bien sur piste qu’en tout terrain, cherche à travers les différentes compétitions à faire connaitre la marque OSSA. L’enduro n’existe pas encore en France mais Marcel Seurat est présent depuis 1968 sur des épreuves comme les ISDT et les épreuves de régularité. En 1970, l’épreuve de régularité de Cognac est remportée par Nicolas Samofal sur 250 OSSA. En 1971 Nicolas Samofal finira dixième du Championnat de France de moto-cross, catégorie inter sur 250 OSSA Stiletto.

C’est en tout-terrain que Marcel Seurat rencontre deux autres fortes personnalités, Joël Queirel et Pierre Piron.

  • Joël Queirel de 10 ans plus jeune que Marcel Seurat, débute la moto tout-terrain par le motocross. A la fin des années soixante, il est déjà champion de France et parallèlement a créé Technoplast, sa société de fabrication d’accessoires en polyester. Sa rencontre avec Yves Cosson est déterminante. « Il faisait des garde-boues et des réservoirs en résine », ajoute Yves Cosson. « Avec déjà 4 ou 5 employés pour fabriquer les accessoires qu’il créait. » Encore représentant dans l’automobile, Yves Cosson démarche alors quelques gros bouclards moto parisiens avec les produits de Queirel. « Succès immédiat et Joël me demande de venir l’aider à plein temps sur Troyes. J’ai donc quitté un travail bien rémunéré pour créer un truc qui ne gagnait rien au début »

Ensemble, ils vont lancer Royal Moto en 1971 pour importer les motos Suédoise de marque Monark.  « On est pour beaucoup dans le lancement de l’enduro en France », reconnaît Yves Cosson, qui ajoute : « L’importation des Monark par nos soins et celle des Ossa par Seurat a été important pour l’enduro. »

Pierre Piron, de 4 ans plus jeune que Marcel Seurat, commence la compétition par le motocross solo. Très vite il passe au side-car cross, en duo avec son frère notamment. Il décide de fabriquer son propre side-car. Il vat en faire son métier en créant au cours des années soixante la Société SPP (Spécial Pierre Piron) spécialisé en châssis de side-car cross. Pierre Piron, avec des adjoints comme Jacques Pautonnier et Jean Bernard Letessier va participer à nombres de projets dans le domaine de la compétition. Qu’il s’agisse de cross avec les Kramer, de rallye-raid avec des sides ou des solos BMW, de side-car de vitesse, de proto de vitesse et de route comme les RAI Motobécane, les Motos Martin à cadre poutre qui lui sont sous-traité. Au cours des années soixante-dix et quatre-vingt, c’est tous les moteurs performants qui seront accommodés à la sauce SPP pour courir en side-car cross.

L’histoire est en marche :

C’est donc dans cette deuxième moitié de 1970 que les choses se mettent en place. Marcel Seurat, en discussion permanente avec l’usine OSSA sait depuis un moment que l’effort de développement porte principalement sur le tout-terrain. Il présente son projet et négocie la fourniture par OSSA des éléments dont il aura besoin pour assembler ses motos : Les moteurs, les roues, les suspensions, les commandes et le matériel électrique.

L’équipe se forme autour d’un double projet, une 250 de cross et une 250 de route. Prévus pour performer en compétition, ces deux projets sont menés de front, les trois protagonistes Seurat, Piron et Queirel collaborent à égalité et apportent chacun leur expérience.

C’est dans le Moto Revue du 12 Décembre 1970 que la presse parle pour la première fois de la moto de route. L’article d’une page et trois photos, est écrit par Christian Bourgeois qui a pu voir le premier prototype de la SPQ 255 aux établissements C.S.M. (Centre des Sports Motocyclistes) qui est le nom de l’entreprise de Marcel et Jeannine Seurat. Ce nom résume à lui tout seul l’état d’esprit du couple Seurat, comme le rapporte leur fille Lysiane, « chez nous, tout était prétexte à la compétition ». Il ne faut pas oublier que Marcel et Jeannine couraient tous les deux en vitesse, respectivement sur Norton et Kreidler pendant leur jeunesse.

L’article qui reprend la genèse de la moto, donne à la fin les premières indications commerciales du projet : « Les modèles commercialisés bénéficieront d’une partie cycle nickelée et l’habillage polyester sera disponible en trois coloris : orange, bleu et blanc. Ils seront proposés au prix de 6200 F ».

Dans le Moto Revue du 6 Mars 1971, le journaliste RC Delefosse a demandé à Joël Queirel de lui parler de la 250 SPQ de Cross.

Joël explique que c’est le troisième cadre qu’il vient d’essayer, les deux premiers étaient trop rigides. Il précise le fonctionnement du trio de créateurs. « C’est tout le monde ensemble. Après essais, discussion, une sorte de collaboration, on a bien sûr laissé à Piron le choix en ce qui concerne le tube ; mais dans les grandes lignes, chacun a dit ce qu’il pensait… » Il précise que l’idée de départ vient de Marcel Seurat.

L’objectif est de participer au championnat de France avec comme pilotes : Samofal, Moizard et Queirel. Si les résultats sont probants, elle sera commercialisée en 1972.

Sur le programme de la première course de Motocross de 1971, qui a lieu sur le circuit de cognac les 28 et 29 Mars nous avons retrouvé une publicité. C’est la C.S.M. qui Propose à la vente la 255 SPQ de sport tourisme et la 250 SPQ de cross, type BANZAI qui est donnée pour 37 CV et 91 kg.

Nous n’avons à ce jour aucune trace de la vente d’une Banzai par la C.S.M.

Revenons un instant sur l’article du 12.12.70, il explique le nom et l’objectif de la moto de route. « La S.P.Q. 255, c’est-à-dire Seurat, Piron (constructeur du cadre) et Queirel (Ets Technoplast), et 255, pour 250 cc, 5 vitesses est destiné à un usage routier normal mais aussi au critérium des sports 250 cc. Dans un premier temps elle sera fabriquée à raison d’un exemplaire par jour à partir du 1er Janvier. Ainsi les 25 machines nécessaires pour l’homologation seront amplement dépassées pour le début de la saison. »

L’année 1970 est l’année de gestation, de mise en place du projet. Un prototype a été réalisé et présenté à la presse. Une présentation très complète se trouve dans le numéro 1 du journal Automoto du 4 Janvier 1971. Un article écrit par G. Le Corre présente les nouveautés Espagnoles, en fait, uniquement les OSSA. Il met en valeur les excellentes relations de Marcel Seurat avec l’usine OSSA, et explique bien les raisons qui l’on poussé à se lancer dans le projet des SPQ.

L’article débute par la présentation de deux machines de Tout-Terrain destinées au marché américain mais vendues aussi en France, les 250 Scrambler et Enduro. Puis la situation de l’usine OSSA est exposée : D’autre part les exigences américaines sont telles qu’OSSA a du mal à satisfaire à la demande en tout-terrains. Elle a donc abandonné, au moins pour cette année, la production de machines de route, voire même de course. 

S’en suit une description complète de la moto, présenté comme une collaboration entre OSSA/Seurat-Piron-Queirel : Extraits

Le moteur : C’est exactement le même que celui de la Cross. 

Cylindre : très largement ailetté (dit « Panoramique « )

Lubrification : par mélange essence/ huile minérale simple à 5%

Consommation : de 4 à 10 l/ 100 km selon l’usage.

Le modèle présenté en photo est le prototype présent à la C.S.M.

La 255 SPQ Ossa coûtera 6200 F ttc, plus 210 F pour les compte-tours. Il en sera produit une par jour dès le 1er Janvier 1971, les premières seront commercialisées autour du 15.

A la fin de L’article, dans « Conclusion et remarque », un paragraphe traite encore de la relation entre l’usine et Marcel Seurat.

« Nous espérons aussi vous présenter bientôt des photos de l’Ossa-Seurat de course : la mort de son pilote Santiago Herrero a entrainé l’usine à ne plus courir directement en vitesse. Avec l’aide de l’usine, Marcel Seurat prend la suite. »

Début de commercialisation :

Même si elle est annoncée à la vente à partir du 15 Janvier 1971, nous ne trouvons pas de traces de vente avant Mars. La première photo d’une SPQ qui ne soit pas le prototype, est dans le Moto Revue du 20 Mars. C’est dans un article qui présente le critérium 250 et l’éventail des machines pouvant y participer, que la SPQ est de nouveau décrite. Il y a plusieurs précisions intéressantes. Queirel est présenté comme fournisseur des plastiques et assurant le montage. Le Prix est passé à 6400 F ttc. La photo présente une moto avec le cadre et les éléments de carrosserie blanc. C’est le modèle de route avec le phare et le silencieux chromé, conforme au règlement du critérium 250.

L’auteur de l’article, F.M. Dumas conclus sa présentation de la SPQ par une remarque définissant bien le but du projet initial : « Un autre avantage de la machine est que d’origine elle se prête parfaitement à la compétition : bracelets, réservoir et selle racing, commandes reculées etc. »

C’est maintenant grâce à des documents recueillis par le Club Ossa France auprès d’anciens collaborateurs et collaboratrices de l’importateur France que nous avons une vision claire des ventes de SPQ.

En Mars, c’est 5 motos qui sont livrées. De la 711 à la 715, les numéros des motos inscrit sur la carte grise correspond pour les deux premiers chiffres à l’année et les suivants au numéro d’ordre. Dans nos documents, nous savons par exemple que la 714 donc la quatrième fabriquée qui a été achetée le 17-3-71 par Mr Donguy à le numéro de moteur 320999 et a été payé 4682.93 F hors taxes.

 Mais le programme à un peu de retard car c’est aussi en Mars qu’a lieu la première course du critérium sur le circuit de Bordeaux-Lac, et c’est Jean-Louis Olivier qui remporte la course sur une 250 Suzuki. Toutes les autres courses de l’année seront remportées par des OSSA SPQ.

En Avril, ce n’est pas moins de 16 motos qui sont livrées, dont celle de Huges Pham qui gagnera le Critérium 250 1971.

En Mai, 9 motos sont livrées, dont la 7140 à Casabona qui gagnera le Bol d’Or.

Les documents recueillis sont très exploitables, même s’ils sont écrits manuellement et parfois incomplets. Les dates sont ainsi très rares à partir de Juin 71, jusqu’à Mars 73. Les noms sont toujours présents mais l’orthographe n’est pas facile à certifier.

La dernière OSSA SPQ 255 produite porte le numéro de châssis 73131. Les numéros d’ordre de 10 à 19 n’ont pas été utilisés. Au moins 3 motos ont été livrées sans numéro d’ordre, notamment deux pour Joël Queirel. Ces trois motos avez des moteurs en version Short-Track.

Donc c’est un total de 124 SPQ dont nous avons la trace. Les dates de livraison s’échelonnes du 17 Mars 1971 au 23 Aout 1973.

Fin de la première partie.

benoit guerry
Plus de publications